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Surutilisez-vous vos outils ? Les dangers de l’inhibition latente (exemple pour les interruptions de tâches)

Les outils destinés à être vus (gilets, brassards, pancartes). Comme dans l’industrie, certaines équipes, dans le soin, ont décidé d’utiliser des moyens visuels pour limiter ou empêcher certains accidents d’arriver. Accepter que les erreurs médicales puissent exister, c’est se donner les moyens d’agir sur celles-ci. Alors un jour, dans le service, on décide de limiter […]

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Surutilisez-vous vos outils ? Les dangers de l’inhibition latente (exemple pour les interruptions de tâches)

Les outils destinés à être vus (gilets, brassards, pancartes).

Comme dans l’industrie, certaines équipes, dans le soin, ont décidé d’utiliser des moyens visuels pour limiter ou empêcher certains accidents d’arriver.

Accepter que les erreurs médicales puissent exister, c’est se donner les moyens d’agir sur celles-ci.

Alors un jour, dans le service, on décide de limiter les interruptions de tâches lors de la préparation médicamenteuse. C’est une excellente idée, puisque cet incident est vecteur d’erreurs médicales et même surreprésenté.

L’analyse de 14 études estime le taux d’interruptions de tâches à 6,7 par heure et par soignant (Biron, 2009)
Lors de l’administration de 4271 doses de médicaments, 53% d’entre elles sont interrompues (Westbrook, 2010). Sur 1015 déclarations attribuées aux distractions : 59,6% sont des erreurs médicamenteuses au cours de l’administration des médicaments (Feil, 2013)

C’est ainsi que l’on met en place un brassard ou un gilet jaune, connu de tout le service, lorsque l’on prépare les médicaments, afin de réduire le nombre d’interruptions de tâches.

Mais voilà… On me rapporte lors d’une formation que la fabuleuse idée s’est essoufflée et a capoté au bout de quelques mois.

La coupable ? C’est l’INHIBITION LATENTE.

Lors de la préparation des médicaments, l’infirmier se protège des éventuelles interruptions de tâches en portant un gilet orange

L’inhibition latente, c’est quoi ?

L’inhibition latente, dite aussi effet Lubow (Doré 1984), désigne un concept de psychologie expérimentale décrivant la capacité à filtrer les stimuli, c’est-à-dire prêter moins d’attention à ce à quoi on est habitué.

Notre cerveau effectue un tri dans les influx sensoriels. Il nous rend conscients uniquement d’une partie, en enlevant les bruits, images et sensations de fond afin que nous ne soyons pas submergés par toutes ces informations et que nous puissions nous concentrer sur l’essentiel.

Si vous posez une voiture dans une rue des années 1890, elle aura l’attention de tous. Regardez vous encore les voitures passer avec admiration de nos jours ? (Pas toutes)

Alors, lorsque les brassards, gilets, pancartes (sur les portes de bloc) ne sont pas utilisés à des moments précis et limités dans le temps, au fur et à mesure, ils disparaissent (pour notre cerveau).

« Je ne vais pas enlever mon gilet pour aller aux toilettes quand même »

« On ne va pas enlever la pancarte à la fin de chaque temps fort de la chirurgie alors que l’on recommence la même opération dans quelques heures »

« Je garde mon brassard jaune, je vais juste boire un café »

En conclusion, signaler les tâches importantes et qui ne doivent pas être interrompues, c’est une excellente idée mais ne surutilisez pas vos outils.

Vous pourrez les choisir jaunes, bleus, verts et même fluorescents. Avec le temps, votre cerveau ne les distinguera plus et vous serez tentés de les abandonner.

Afin d’éviter cela, nous vous recommandons vivement la rédaction d’une charte par l’équipe qui souhaitera l’utiliser.

Ces outils « marqueurs » doivent vous sauter aux yeux le plus longtemps possible. L’objectif doit être clairement définit par l’équipe et être mesurable. Vous pouvez pour cela suivre votre évolution à l’aide d’un indicateur.

Interruptions de tâches : quand on surutilise un outil destiné à être vu, l’inhibition latente tend à le faire disparaître.

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Pourquoi les évènements ne devraient pas être indésirables ? https://com-scape.fr/pourquoi-les-evenements-ne-devraient-pas-etre-indesirables/ https://com-scape.fr/pourquoi-les-evenements-ne-devraient-pas-etre-indesirables/#respond Sun, 21 Nov 2021 22:02:30 +0000 https://com-scape.fr/?p=1857 COM-SCAPE | Formations aux facteurs organisationnels et humains
Pourquoi les évènements ne devraient pas être indésirables ?

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de deux choses. Premièrement, comment j’ai pu comprendre l’importance de l’outil « évènement indésirable » à travers une situation vécue.Deuxièmement, pourquoi le mot « indésirable » fait réellement du tort à un système de retour d’expérience. Une erreur d’administration médicamenteuse On le sait tous : fatalement, les erreurs médicales tuent chaque année des milliers […]

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Pourquoi les évènements ne devraient pas être indésirables ?

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de deux choses.

Premièrement, comment j’ai pu comprendre l’importance de l’outil « évènement indésirable » à travers une situation vécue.
Deuxièmement, pourquoi le mot « indésirable » fait réellement du tort à un système de retour d’expérience.

Une erreur d’administration médicamenteuse

On le sait tous : fatalement, les erreurs médicales tuent chaque année des milliers de patient et de passion, le soignant étant la deuxième victime. La plus commune d’entre elles, c’est l’erreur d’administration médicamenteuse.

Cet évènement indésirable, je l’ai vécu il y a maintenant 2 ans. Je l’ai déclaré et pourtant, j’ai eu la malchance de le vivre de nouveau il y a 3 semaines, dans la même situation et pour le même médicament.

Il y a 2 ans…
9h : je suis sur l’induction de 2 salles et je travaille avec un vieil interne qui procède à l’induction d’une des deux salles (salle 10). Avant de démarrer mon induction (salle 9), l’interne vient me chercher, l’air bouleversé en me disant que le patient fait un choc anaphylactique. Je dis à l’équipe de ma salle de patienter et je le suis immédiatement.
Le patient présente une tachycardie et hypertension artérielle. Je suggère à l’interne que ce n’est pas un choc anaphylactique devant l’hypertension artérielle. Il me dit alors qu’il était bradycarde après l’induction et qu’ils ont fait de l’atropine. Alors, le tableau initial était donc bradycardie et hypertension : je pense immédiatement à l’injection d’un vasopresseur et plus particulièrement de noradrénaline. On me dit évidemment que personne n’a injecté de noradrénaline. Mais nous fouillons la poubelle et ne retrouvons pas l’ampoule de dexaméthasone que l’on pense avoir utilisé. A la place, on retrouve bien une ampoule de noradrénaline.
Le diagnostic fait, nous pouvons traiter le patient qui ne gardera aucune séquelle de cette erreur. Nous analysons cet évènement (l’étudiant qui avait préparé les drogues se sent abattu) et le déclarons. Le patient sera bien entendu mis au courant.

Il y a 3 semaines.
8h30 : Appel pour tachycardie ventriculaire dans le même contexte (induction sur deux salles). A mon arrivée, le patient est hypertendu et la tachycardie bien tolérée. Je pose immédiatement le diagnostic, saute sur un médicament hypotenseur, appelle à l’aide et demande le chariot d’urgence. Je saute également sur la poubelle et j’y trouve la noradrénaline. Aucune séquelle de nouveau, par chance, et surtout grâce à mon vécu d’il y a 2 ans.

Une fois ENCORE, nous pensions injecter de la dexaméthasone et non de la noradrénaline. Alors cette fois-ci, direction la pharmacie car les ampoules se ressemblent trop. Nous décidons de changer le format de nos ampoules de dexaméthasone puisqu’il en existe d’autres, qui nous seront même encore plus pratique à utiliser.

Les ampoules de noradrénaline et de déxaméthasone se ressemblent par leur forme.
Les ampoules de noradrénaline et de dexaméthasone se ressemblent par leur forme.

En revenant de la pharmacie, je discute avec des collègues et je suis subjugué…
« Ah oui, ça a failli m’arriver ! » « Ah oui, cela m’est arrivé » « Ah oui, je connais quelqu’un qui… ».
Personne n’a déclaré son risque d’erreur ou son erreur. Pourquoi ? Parce que c’est trop long, parce que le système est fastidieux, ou parce que le patient n’a rien eu… ou alors, j’ai une autre idée (voir le dernier paragraphe)

Il faut retenir de cela que si nous déclarons, c’est pour éviter que demain, notre collègue, nous raconte en pleur l’accident qui lui est arrivé. Nous pouvons mettre des choses en place, alerter pour que cela n’arrive pas aux autres patients et soignants. A chaque fois que vous faites une erreur, vous devriez pouvoir faire un retour de celle-ci pour éviter que quelqu’un d’autre ne la commette. Ne vous sentez pas stupide. Cela a pour but d’améliorer notre future perception des choses.

Quand notre langage oriente nos pensées

Aujourd’hui j’ai lu et puis j’ai visionné une vidéo de Lera Boroditsky, professeure dans les domaines du langage et de la cognition.

Dans cette vidéo, elle nous montre que le langage façonne notre pensée. Ainsi, quand on montre la photo suivante à un anglo-saxon ou à un hispanique, elle est décrite différemment.

Voix active ou voix passive : on se concentre sur les faits ou le qui
Voix active ou voix passive : on se concentre sur les faits ou le qui ?

Les hispaniques diront de cette image « le vase est cassé » alors que les anglo-saxons diront plus facilement « Jon a cassé le vase ». Et cela compte énormément puisque l’on voit tout de suite l’impact que cela peut avoir dans l’analyse des situations que nous vivons. Une description s’attache aux faits alors que l’autre se porte sur le qui.

Cela va même beaucoup plus loin si l’on montre deux vidéos à des sujets anglo-saxons et hispaniques :
La première vidéo montre un homme qui crève volontairement un ballon tandis que la deuxième montre un autre homme qui le crève suite à un mauvais geste (involontairement).
On demande ensuite aux sujets testés de retrouver le visage des deux hommes et voici les résultats.

Différence entre anglo-saxons et hispaniques

Dans le cas du ballon crevé volontairement, les deux populations se souviennent très bien du visage de l’homme. Dans le cas du ballon crevé involontairement, les anglo-saxons mémorisent beaucoup plus facilement le visage de l’homme qui a crevé le ballon

Le fait d’avoir un langage qui utilise la voix active comme les anglo-saxons nous pousse à mettre le sujet en avant et nous mémorisons ainsi beaucoup plus facilement le qui plutôt que le quoi.

On le sait pourtant, dans l’analyse d’un évènement, le QUI importe peu et vous l’avez bien vu pour mon anecdote : quand on rapporte son histoire, d’autres l’ont vécu alors ce n’est pas une question de personne mais de process.

Voici le lien vers l’étude dont je viens de vous parler

L’évènement indésirable : un mauvais choix ?

On voit donc l’importance des mots. Dans ce paragraphe, j’aimerais vous faire réfléchir à une chose sur laquelle je me questionne. J’aimerais être lu par des soignants mais aussi des personnes travaillant à l’ARS, des qualiticiens.

Pourquoi les gens ne déclarent pas ? Faites comme moi, demandez leur : « j’ai peur que… » « c’est gonflant, pénible »
Si vous regardez dans le dictionnaire, ces trois derniers mots sont synonymes du mot « indésirable ».
En fait, les gens qui ne déclarent pas d’évènement indésirable ont tout juste. Ils appliquent ce que leur dicte notre langue.
On a peur de l’indésirable. L’indésirable c’est pénible, gonflant. En tout cas, c’est quelque chose qui est perçu très négativement.

Nous avons conçu un système très utile pour faire du retour d’expérience et nous lui avons collé un nom qui ne représente pas du tout le potentiel et le rôle de l’outil.

Vous mangeriez une magnifique glace sur la plage si elle s’appelait « la dégoulinante » ?

Pour aller plus loin, je pense même que nous conditionnons les déclarants à être négatif lorsqu’il rapporte leur vécu.

L'évènement indésirable suggère de la négativité
On conditionne les déclarants à être comme le capitaine Haddock

Alors voici mon point de la semaine : on aimerait voir de l’objectivité dans les déclarations d’évènements mais le titre même « d’évènement indésirable » appelle à de la négativité : il FAUT avoir vécu quelquechose d’indésirable, de très négatif à déclarer.

Ma question est simple : pourquoi ne pas changer l’appellation de ces retours d’expériences ?

Les synonymes d'indésirable
Les synonymes d’indésirable

Venez découvrir comment le retour d’expérience nous fait avancer, grâce à notre formation.
Bonne semaine à tous,


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Interruption de tâche : je t’aime moi non plus https://com-scape.fr/interruption-de-tache-je-taime-moi-non-plus/ https://com-scape.fr/interruption-de-tache-je-taime-moi-non-plus/#respond Sun, 14 Nov 2021 18:36:13 +0000 https://com-scape.fr/?p=1841 COM-SCAPE | Formations aux facteurs organisationnels et humains
Interruption de tâche : je t’aime moi non plus

Bonjour à tous. Merci à ceux qui m’ont fait des retours (positifs et négatifs) sur les précédents articles. Ils m’aident à poursuivre et à m’améliorer. Vous l’aurez compris, aujourd’hui c’est focus sur l’interruption de tâche, ce « bruit » dans la bonne communication. Pour en parler,  je vais encore une fois vous raconter une anecdote personnelle, vécue […]

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Interruption de tâche : je t’aime moi non plus

Bonjour à tous. Merci à ceux qui m’ont fait des retours (positifs et négatifs) sur les précédents articles. Ils m’aident à poursuivre et à m’améliorer.

Vous l’aurez compris, aujourd’hui c’est focus sur l’interruption de tâche, ce « bruit » dans la bonne communication.

Pour en parler,  je vais encore une fois vous raconter une anecdote personnelle, vécue en 2013 alors que j’étais jeune interne. Ensuite, je tenterais d’analyser le pourquoi et comment pour essayer de me donner et vous donner des pistes concrètes pour avancer.

Que s’est il passé ce soir là ?

La scène se passe la nuit, en garde, dans un service d’urgence (on voit dès le début que les conditions sont propices à l’erreur).

Nous sommes une petite équipe à drainer pas mal d’urgences. Je forme un binôme avec une infirmière que je connais bien ce soir là, Carole. Je suis content et en confiance.

Une patiente se présente aux urgences avec une douleur au niveau du coude suite à une chute. Après une radio, nous posons un diagnostic, à l’aide du chirurgien orthopédique : fracture de la palette humérale droite déplacée. La consigne est simple et expliquée à la patiente : « on va vous mettre un plâtre, vous monter dans le service et on vous opère demain ».

En binôme avec l’infirmière, nous finissons de remplir le dossier pour le clôturer puis nous repartons à nos moutons, enfin à nos patients.

Je vois donc un jeune homme pour une plaie du pouce que je suture. Soudain (le mot idéal pour parler d’interruption de tâche), en pleine suture, le médecin des urgences (mon chef) passe et me dit :

« la dame avec la palette humérale tu lui as mis des antibiotiques? » (CHEF)
« Non pourquoi ? il n’y avait pas d’ouverture » (MOI)
« Mets lui de l’Augmentin quand même, après ils râlent en ortho »

Cela m’agace un peu car je suis en pleine suture et j’ai peur d’oublier… Mais, tiens, voilà ma binôme préférée qui passe. Quand je vous dis elle passe, c’est le bon mot car elle circule à la vitesse de l’éclair puisqu’elle s’occupe d’un autre patient. Alors moi aussi je l’interrompt dans sa tâche à mon tour :

« Carole !!!!! » (MOI)
« Quoi ? Je suis occupée » (Carole, l’infirmière)
« Tu pourras mettre de l’Augmentin à la dame qui a la palette humérale fracturée ? » (MOI)
 » Pourquoi ? » (Carole)
« Le DR BIIIIIIIIIIIP me l’a demandé » (MOI)
« Ok… » (Carole)

Carole branche les antibiotiques (j’imagine car je suis toujours en train de suturer) et puis m’appelle en hurlant « La dame va pas bien !!!!!!!!!! »

Quand j’arrive, Carole a déjà fait tout ce qu’il faut. Elle a levé les jambes de la dame, arrêté la perfusion d’antibiotique et approché le chariot d’urgence.

La dame nous dit « Vous m’avez quand même pas donné de l’Augmentin ??? »

Ah oui, au fait, quand nous avons accueilli la dame, le dossier ne disait qu’une seule chose vraiment importante : PATIENTE ALLERGIQUE A L’AUGMENTIN.
Nous avons donc brillament provoqué un choc anaphylactique, et la dame a été transférée en réanimation (sortie indemne mais ce n’est pas le propos). Evidemment, je vous la raconte façon « amusé » mais sur le coup, je ne rigolais pas du tout. J’avais peur pour cette femme, et soyons honnête pour moi, pour Carole.

Alors puisque se lamenter sur son sort ne fait pas partie de mon arsenal mental, réfléchissons ensemble à ce qui s’est passé…

Interruption de tâche et effet domino

Si je résume, j’ai été interrompu par le Chef pour revenir sur une tâche antérieure. J’ai donc moi même interrompu ma binôme, qui s’est (comme moi) débarassé de cette tâche le plus rapidement possible. Nous avons ainsi mis de côté la question la plus évidente : celle que l’on pose tout le temps et pour laquelle on se dit que cela ne nous arrivera jamais « Vous avez des allergies madame ? »

Comme un jeu de domino, chacun a interrompu l’autre pour se débarrasser d’une pensée, d’une tâche le plus rapidement possible. C’est ce qui arrive quand on est interrompu :
– soit on garde au fond de notre pensée la nouvelle tâche au risque de l’oublier et on se déconcentre quelques secondes sur celle que l’on est en train de faire (risque pour la tâche actuelle)
– soit on se débarasse le plus rapidement possible de la nouvelle tâche pour retourner à ce qu’on faisait (risque pour la nouvelle tâche car non intellectualisée, c’est à dire traitée)

Vous savez quoi ? La dame ne nécessitait AUCUN traitement antibiotique.

Quand on est interrompu dans une tâche, on cherche à se débarasser rapidement de la nouvelle tâche, au risque de causer soi même une nouvelle interruption chez un équipier : effet domino
L’effet domino dans l’interruption de tâche

Je pense que beaucoup d’entre vous connaissent le schéma de James Reason qui explique que pour qu’un risque d’erreur se transforme en erreur, il faut que plusieurs acteurs ne détectent pas ce risque (l’erreur arrive comme la résultante du manque dans sa distinction par les différents intervenants)

Ici, je vois un réel effet de domino car l’erreur n’a pas traversé progressivement les différents acteurs mais elle a été projetée par une personne sur une autre puis sur une 3e (peut être qu’un jour on parlera du Domino de Terrasi comme le Gruyère de James, sait-on jamais). Ici, ce n’était pas statique. Il y avait un réel mouvement, de la précipitation.

Alors maintenant recentrons nous sur l’interruption de tâche : comment la gère t-on ?

Que faire pour éviter l’interruption de tâche ?

Définition de l’interruption de tâche : c’est l’arrêt d’une activité avant que la tâche ne soit achevée, l’IT (Interruption de Tâche) est causée par tout élément qui est soit imposé, observable ou audible (HAS)

Finalement, je vais tenter de vous donner des choses très pratiques que j’ai pu mettre en place et d’autres idées trouvées par d’autres équipes, qui ont fait l’objet d’étude.

Le constat numéro 1 c’est que notre métier doit vivre avec ces interruptions et il serait illusoire de bloquer toutes les informations entrantes et tous les stimulis (ou alors sur une courte période).

Les pistes :
Savoir que cela existe et que c’est dangereux. Bien sûr, une fois que l’on est sensibilisé à un problème, on est plus vigilant. L’homme de Cro-Magnon a caressé une fois un loup, puis ses compères ont pu en apprécier la dangerosité… Mon anecdote de Cro-Magnon vous restera en tête.
Bloquer les signaux entrants dans les moments importants de communication : Si vous avez un téléphone d’urgence, vous devez répondre MAIS vous pouvez tout de suite demander la gravité et scorer l’urgence et demander un rappel si cela n’est pas une question de minute.
Pour tous les moments importants de communication, spécifiez que vous êtes fortement occupé et concentré et demandé à être sollicité plus tard.
Signaler que vous ne voulez pas être interrompu : certaines études ont montré l’efficacité d’un brassard jaune porté par les infirmières au moment de la préparation des médicaments. Cela peut aussi être une pancarte sur la porte du bloc opératoire. La limite ? Notre aptitude à flécher les situations importantes ou l’on ne peut être interrompu : si vous portez tout le temps un brassard, alors il perdra de son sens et les gens viendront vous déranger de nouveau. Gérard Dupont vous expliquerait la même chose avec les gilets de sécurité en industrie : important pour être vu dans les allées mais complètement inadapté dans une réunion (oubli de l’enlever ou pire… fainéantise)
Savoir reprendre ou on en était : si vous répétez 3 fois la chose que vous étiez en train de faire avant de prendre en compte l’interruption de tâche, alors vous aurez plus de chance de vous en rappeler. Croyez moi (clé dans ma poche gauche, clé dans ma poche gauche, clé dans ma poche gauche), je l’utilise régulièrement pour ma vie personnelle
Après avoir été interrompu, reprendre systématiquement les questions de sécurité en main, voir les reposer : J’interrogeais un patient, je suis interrompu ? Je redemande les questions de sécurité si j’ai le moindre doute (allergies). Je reprends un dossier de patient après une interruption, je redemande les questions de sécurité.
Intellectualiser les nouvelles tâches : j’entends par là qu’il faut réfléchir à ce qu’on vous demande pendant que vous êtes en train de faire quelque chose d’autre. Prendre le temps de hiérarchiser cette nouvelle tâche et de voir quels enjeux elle représente en termes de sécurité patient. Aucune tâche ne doit être jetée sur quelqu’un d’autre sans être analysée (sinon c’est l’effet Domino)

Quelques mots sur le multitasking : la dopamine

Le saviez vous ? Nous sommes à la fois révoltés et heureux de faire plusieurs choses à la fois.


Notre cerveau est purement monotâche avec des capacités attentionelles limitées. Le multitasking augmente le stress, la charge mentale, entraine une perte de réactivité et de vitesse importante et augmente ainsi le risque d’erreur.

Une action A et B sont réalisées en même temps, en apparence puisqu'en réalité un switch permanent entre les deux est réalisé par le lobe préfrontal, à la vitesse de 0.1ms
Une action A et B sont réalisées en même temps, en apparence puisqu’en réalité un switch permanent entre les deux est réalisé par le lobe préfrontal, à la vitesse de 0.1ms

L’illusion de faire plusieurs choses en même temps (même pour les femmes) est donnée par le lobe préfrontal qui réalise des switchs à la vitesse de 0.1ms entre vos tâches. En réalité, les études montrent que réaliser une tâche puis l’autre ou les deux en même temps est tout à fait différent. Vous serez moins performant qualitativement si vous réalisez les deux en même temps.

Alors pourquoi fait on encore plusieurs choses en même temps ? A cause de la dopamine.
Notre cerveau nous procure du plaisir pour chaque tâche accomplie. Ainsi nous préférons réaliser 10 petites tâches de 5 minutes, que bosser 1 heure sur une tâche longue car on génerera 10 fois de la dopamine versus 1.
Il est alors évident qu’il faut se désintoxiquer de ces micro tâches (réponse à un mail, réseaux sociaux, sms, jeu) comme d’une cigarette ou du sucre… Plus facile à dire qu’à faire ?

Merci d’avoir lu cet article, j’espère que vous pourrez mettre à profit mon expérience et mes conseils. N’hésitez pas à a partager.

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Fatigue et prise de décision https://com-scape.fr/fatigue-et-prise-de-decision/ https://com-scape.fr/fatigue-et-prise-de-decision/#respond Fri, 05 Nov 2021 11:27:31 +0000 https://com-scape.fr/?p=1793 COM-SCAPE | Formations aux facteurs organisationnels et humains
Fatigue et prise de décision

Que s’est-il passé ce jour là ? Jeudi 4 Novembre 2021, 2h30 du matin. Je me souviens encore de cet appel, de ce patient, de cette équipe. Je me souviens de ma prise de décision, rapide, de mes explications brèves et de cette fatigue… Je me souviens beaucoup moins de la confiance que j’ai habituellement. […]

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Fatigue et prise de décision

Que s’est-il passé ce jour là ?

Jeudi 4 Novembre 2021, 2h30 du matin. Je me souviens encore de cet appel, de ce patient, de cette équipe. Je me souviens de ma prise de décision, rapide, de mes explications brèves et de cette fatigue…

Je me souviens beaucoup moins de la confiance que j’ai habituellement. Celle qui me permet de raisonner, d’explorer les différentes possibilités pour tirer profit du meilleur choix. Ou étais tu passée ?

Je vous raconterai la fin de cette histoire à la fin de cet article mais voici ce que j’ai pu trouver en cherchant à comprendre mon problème de fatigue et que je vous partage ici.

La fatigue par privation de sommeil

Dans chaque métier, dans chaque tâche de la vie quotidienne, nous accumulons et nous portons un niveau de fatigue fluctuant.

Un niveau de fatigue assez bas quand on rentre de vacances, que les enfants ont bien dormi, et que rien ne tourne en boucle dans nos têtes.

Cependant, le sommeil est devenu de moins en moins réparateur pour beaucoup d’entre nous, probablement à cause de nos smartphones et autres écrans, poussant notre attention à ne jamais lâcher prise.

Sans même que vous en ayez conscience, votre cerveau crée alors des raccourcis par biais cognitifs, afin de vous aider à traiter plus facilement ce flux informationnel. Pour les informations restantes, qui ne répondent pas à ce processus automatique, il vous faut alors savoir quelle décision prendre : les ignorer ou bien y prêter attention.

Dans le soin, nous sommes confrontés à cette fatigue également : que l’on travaille de nuit avec un rythme circadien perturbé ou que l’on travaille en garde durant 24h.

Alors ce jour-là, que s’est il passé ? Je vais tenter de me servir de cette anecdote pour vous l’expliquer. C’est frais et la fatigue est toujours là alors j’espère que mes explications seront assez claires pour vous permettre d’y trouver quelques solutions.

La fatigue nous « casse » et modifie notre prise de décision

De nombreux secteurs concernes

Le retentissement de la fatigue sur nos décisions, notre vigilance a été étudiée dans de nombreux domaines.
Elle est responsable de plus de 20% des accidents de la route (devant l’alcool ou encore la drogue). Elle est un facteur contributif de catastrophes telles que Tchernobyl ou encore Bhopal.
En aéronotique, elle fait partie des 6 plus grands facteurs de risques selon le NTSB.

Et dans le soin ? On trouve une multitude de travaux montrant qu’elle engendre :
– un temps de réponse plus élevée chez des anesthésistes fatigués pour des tâches de surveillance de patient sous anesthésie (Denisco, et al., 1987)
– une réduction de la qualité et de la vitesse d’intubation chez des urgentistes (Smith-Coggins, et al., 1994)
– une augmentation des temps de réponse des erreurs au cours d’une simulation d’une chirurgie
laparoscopique (Taffinder, et al., 1998)
– une réduction du niveau d’éveil, d’endormissement ainsi que des changements comportementaux au cours d’une simulation médicale (Howard, et al., 2003)
– un risque plus élevé de ponction durale involontaire dans les procédures péridurales obstétricales pendant la nuit que pendant le jour (Aya, et al., 1999)
– une augmentation de 45% des complications post-opératoires pour les internes chirurgiens après une garde (Haynes, et al., 1995)

Qui est à bord ? Qui est derrière le bistouri ? Qui est derrière les seringues ?

La fatigue plus dangereuse que l’alcool

Comme la faim, le stress, la fatigue nous met à fleur de peau. Et si des fois, à la maison, on se dispute pour des « broutilles », parce qu’on a mal dormi, il en est de même au travail.

La fatigue augmente le nombre de conflits interpersonnels comme nous le montre le travail ci-dessous. Et toi, tu t’es levé du mauvais pied ?

Baldwin and Daugherty 1998-9

Alors cette fatigue a un impact que l’on sous-estime… On se dispute, on fait des mauvais choix, notre niveau de vigilance baisse et notre prise de décision en est affectée.

Notre santé aussi est impactée : plus de dépression, une espérance de vie plus courte pour ceux qui ont les cernes qui commencent à descendre jusqu’au sourire, pour l’effacer.

Comparée à l’alcool, la fatigue diminue autant notre performance globale.

On observe un net déclin apres 16h de privation de sommeil. Lamond and Dawson, 2002

Cela va de soit, une étude a également montré le déclin des compétences non techniques chez des internes fatigués notamment (il en découle, puisque les internes sont des humains comme tout le monde après tout, que cela peut être étendu à tous)

Cette étude montre une diminution des scores ANTS (Anaesthetists’ Non-Technical Skills) de ces étudiants fatigués. On montre aussi une diminution du niveau de confiance en soi et du temps consacré à la communication.

Fin de mon anecdote

C’est pourquoi cette nuit là, je suis passé à côté d’un diagnostic évident.
Un patient de chirurgie vasculaire en état de choc avec des difficultés respiratoires… Mon cerveau a fait vite, trop vite. Embolie pulmonaire après un examen clinique sommaire et l’appel du réanimateur.

A 4h40, nous reprenions au bloc opératoire ce patient pour une exploration abdominale car le problème était digestif. Un état de choc suite à une ischémie mésentérique. Heureusement l’équipe qui a pris en charge le patient, et surtout le réanimateur, a su poser le bon diagnostic assez rapidement.

Le 3 novembre (la veille), j’avais pu faire un diagnostic dans un autre service, cohérent, en quelques minutes qui s’avérait juste. Quelques heures plus tard, le problème n’était pas les connaissances, et à postériori, mon diagnostic me semble vraiment inapproprié dans le contexte.

Que faire de cette fatigue ?

Diminution des scores ANTS chez des internes privés de sommeil. Neuschwander et al., 2005

Ainsi, la question prend tout son sens à l’heure où les cernes semblent être à la mode ?

1/ Prendre du recul : savoir se détendre tout au long de la journée pour économiser le plus possible. L’erreur est de maintenir son attention en éveil trop longtemps (attention aux smartphones). Lorsque vous vous écartez des problèmes de votre vie quotidienne, alors vous libérez votre cortex préfrontal, la partie « pensante » de votre cerveau… Cette zone cérébrale est en charge de la pensée logique et de l’usage de votre volonté, pour surmonter vos impulsions (cruciale donc, dans la lutte contre la fatigue décisionnelle).

2/ Avoir connaissance des risques de la fatigue et reconnaitre sa propre fatigue : on y travaille en formation, venez découvrir notre concept.

3/ Demander de l’aide pour les décisions difficiles (je remercie mon collègue réanimateur) et optimiser votre potentiel (je vous invite à découvrir cette vidéo de François Jaulin)

4/ Construire une routine pour réduire la charge de prise de décision.

Il existe une explication simple pour laquelle les plus célèbres leaders américains portent la même tenue vestimentaire, au quotidien. Steve Jobs, Mark Zuckerberg, ou encore Barack Obama apparaissent toujours vêtus des mêmes couleurs de chemise ou de costume. Ceci n’est pas une simple coïncidence. Au contraire, développer une certaine routine sur des tâches basiques et répétitives (comme celle de s’habiller) permet de conserver de la place dans le cerveau et de l’énergie pour prendre les décisions importantes.

« Vous me verrez toujours porter des costumes bleus ou gris. J’essaie de réduire le nombre de décisions à prendre. Je ne veux pas avoir à faire des choix sur la manière dont je m’habille ou ce que je mange. Parce que j’ai bien d’autres décisions plus importantes à prendre.” – Barack Obama, 44ème président des États-Unis

Construisez votre propre routine : café, sport, heure du repas etc...

5/ Manger !

Baumeister nous dit :« les actions de maîtrise de soi entraînent une diminution du taux de glucose dans le sang, ce qui provoque un affaiblissement de l’autocontrôle sur les tâches comportementales ». Alors même dans les gardes longues et compliquées, prenez le temps de manger un morceau, d’aller aux toilettes etc… Cela parait simple et pourtant, on ne prend jamais le temps du repas… Alors prenons au moins le temps d’un encas.

6/ Prioriser ses décisions

La fatigue ne doit pas vous faire perdre votre sens des priorités. A ce moment crucial, laissez de côtés les taches moins urgentes et faites barrière aux interruptions de tâches.


Voilà, c’est la fin de mon article, lui aussi écrit avec une certaine fatigue car on met du temps à récupérer. J’espère qu’il pourra vous aider. Je vais essayer de mettre tout cela en pratique. A bientôt

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TEAM RESOURCE MANAGEMENT : Le commencement

Les facteurs humains La formation aux facteurs humains est un ensemble de procédures et d’outils apportés aux équipes évoluant dans des environnements où l’erreur humaine peut avoir des effets dévastateurs. Pour ce premier article, je vais vous raconter comment cela est devenu pour moi un mode de vie. Le facteur humain, ça se lit, ça […]

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TEAM RESOURCE MANAGEMENT : Le commencement

Les facteurs humains

La formation aux facteurs humains est un ensemble de procédures et d’outils apportés aux équipes évoluant dans des environnements où l’erreur humaine peut avoir des effets dévastateurs.

Pour ce premier article, je vais vous raconter comment cela est devenu pour moi un mode de vie. Le facteur humain, ça se lit, ça s’étudie mais surtout ça se vit. Si comme moi, vous avez besoin de continuellement progresser, d’avoir des projets, de changer de regard, alors vous êtes sur la bonne page.

Il y a quelques années, grâce au groupe Facteurs Humains en Santé, j’ai pu appréhender une nouvelle dimension de mon travail quotidien.

Nous sommes soignants et chaque jour, nous commettons des erreurs. C’est au début difficile à accepter puisque notre objectif à tous, c’est de sauver des vies.

Même si l’on découvre de jolies phrases en boucle, sur les bouches de nos professeurs, ou encore  sur les réseaux sociaux nous disant que « les erreurs sont les meilleures leçons », il reste en notre humanité une part de gêne voire de honte pour les assumer le jour J.

Alors c’est sur, on ne peut pas se contenter de les subir et vouloir en tirer des enseignements implique d’apprendre à surmonter ses craintes. Cela a été une révolution pour moi. Je devais avancer et changer mon point de vue, prendre du recul.

Prendre du recul pour garder une perception globale de la situation

Prendre du recul, c’est se regarder d’abord dans le miroir, et se vouloir objectif. Mais se regarder objectivement, c’est impossible. Alors il faut pouvoir se trouver des reflets : des personnes, qui, dans la même démarche d’amélioration que vous, pourront vous renvoyer des signaux avec bienveillance.

Quand on a fini de s’intéresser à soi et que l’égo n’est plus un problème, on se voit au milieu d’une équipe et même plus, on se voit COMME une équipe. On n’essaie plus de comprendre QUI à fait quoi, mais POURQUOI NOUS avons pu commettre une erreur?

Et bon sang qu’est ce que ça fait du bien. Car à ce moment là, vous n’essaierez plus de vous dédouaner de quoi que ce soit mais vous embrasserez le destin pour essayer de réellement changer les choses. Alors l’humain restera l’humain et jamais vous ne vous débarrasserez des erreurs pour de bon.

MAIS… vous allez devenir plus sensible, plus à l’écoute de vous même et des autres. Votre regard et vos autres sens pourront vous permettre d’appréhender le risque d’erreur en équipe et d’en éviter certaines.

C’est tout le paradoxe quand on parle d’erreur humaine : on voudrait devenir un robot capable d’être toujours bien programmé pour s’en affranchir mais le robot ne s’adapte pas aussi bien que nous (à ce jour) aux imprévus. Alors on devient encore plus humain.

J’ai lu, beaucoup lu, comme beaucoup de « facteurs » (c’est comme cela que l’on surnomme les personnes de notre groupe) et c’est dans le partage d’idée et d’outils que nous nous enrichissons.

Moi même, j’ai toujours aimé apprendre et apprendre. Apprendre pour moi premièrement et apprendre, c’est à dire transmettre aux autres. Alors mon truc à moi, et surement le vôtre (sans même que vous ne le sachiez), c’est le jeu et les facteurs humains.

La pédaogie du jeu

Le jeu est puissant et depuis que vous êtes enfants, vous en êtes accroc. Vous avez appris beaucoup par le jeu. Pour un enfant c’est une ressource inépuisable : ludique, motivant, sans contrainte perceptible et facilement transposable à des situations du quotidien avec un peu d’imagination.

Personnellement j’ai choisi de l’utiliser pour travailler sur nos compétences d’équipes dans le soin. L’idée est de s’éloigner totalement de notre environnement quotidien pour se focaliser sur ces compétences.

Plongé dans notre quotidien, nous nous cachons derrière nos fonctions et notre technicité. Mais chez COM-SCAPE, je voulais créer quelque chose de nouveau, de challengeant. Alors c’est venu comme une évidence : l’escape-game comme outil pour travailler sur nos facteurs humains. Et cette formation, aujourd’hui je pense qu’elle peut vous donner le même « bon sang que ça fait du bien » que j’ai ressenti il y a quelques années.

Nous avons créé une formation qui démarre par une rencontre. On pourra ainsi cibler vos problématiques de communication, de facteur  humain. On ajuste nos contenus, on en créé, on le change, on l’améliore, on en rajoute pour en retirer ailleurs et on se lance.
Ensuite, on se rencontre avec notre « cirque » (le matériel des salles d’escape game que l’on déplace dans un camion jusque chez vous) pendant une journée pour travailler sur ces compétences qui sont en vous afin d’en dégager le meilleur. Vous vous fixer des objectifs pour progresser et nous suivrons votre progression par différents défis et nouvelles. En un claquement de doigt on ne change rien mais si vous continuez de claquer des doigts avec ferveur alors vous donnerez du rythme au changement.

Cela donne le vertige de se regarder différemment et de changer sa vision des erreurs mais je vous encourage à le faire et pas seulement avec COM-SCAPE.
Le facteur humain, ça se vit comme je vous l’ai dit, et vouloir s’améliorer continuellement dans ce domaine implique de multiplier nos visions, qui sont toutes complémentaires.
Je pense à François Jaulin et Fréderic Martin, avec la SafeTeam Academy.
Je pense à Jérôme Cros avec son livre « Mieux communiquer entre soignants » que nous distribuons à chaque participant de notre formation.
Je pense à Guillaume Tirtiaux avec son livre « Mieux réussir ensemble ».
Je pense à Régis Fuzier avec sa formation « Y’a t’il un soignant dans le cockpit? »
Je pense à Bruno Debien pour ses précieux conseils et ses formations prenant en compte les facteurs humains EMERGENSIM
Je pense à Nathalie Robinson, à Pierre Raynal, Philippe Izar, Franck Renouard, Lucille Chauveau, Thomas Lopez ou encore Florence-Marie Jégoux.

Je vous invite à aller sur https://facteurshumainsensante.org/ pour découvrir tout ceux que j’oublie.

Découvrez le site et apprenez en tous les jours sur la façon dont nous fonctionnons

Avec Gérard Dupont, nous avons créé la première formation de TRM (Team Resource Management) utilisant escape-game et simulation pour aborder ludiquement les compétences non techniques, le facteur humain, la communication. C’est simple, c’est pratiquo-pratique pour un soignant. Ca se met en place dès le lendemain dans votre vie personnelle et professionnelle.

Vous aborderez la coopération, le leadership, la résolution de problèmes, la perception globale de la situation, les interruption de tâches, les transmissions, la communication, les zones de communication, le feedback, l’assertivité, le retour d’expérience et bien d’autres thématiques.

A bientôt pour un autre article sur les facteurs humains,

Benjamin TERRASI

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Coronavirus : que nous restera -t-il pour tenir bon, à nous, soignants ? https://com-scape.fr/coronavirus-que-nous-restera-t-il-pour-tenir-bon-a-nous-soignants/ https://com-scape.fr/coronavirus-que-nous-restera-t-il-pour-tenir-bon-a-nous-soignants/#respond Mon, 16 Mar 2020 22:54:09 +0000 https://com-scape.fr/?p=864 COM-SCAPE | Formations aux facteurs organisationnels et humains
Coronavirus : que nous restera -t-il pour tenir bon, à nous, soignants ?

A l’heure où notre pays se mobilise dans une guerre contre un ennemi invisible, le coronavirus, une question se pose : que nous restera -t-il pour tenir, avancer lorsque nos capacités de soins seront dépassées ? Évidemment, la spéculation est de rigueur car nous le faisons tous, regardant tantôt ce qu’il se passe à l’étranger […]

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Coronavirus : que nous restera -t-il pour tenir bon, à nous, soignants ?

A l’heure où notre pays se mobilise dans une guerre contre un ennemi invisible, le coronavirus, une question se pose : que nous restera -t-il pour tenir, avancer lorsque nos capacités de soins seront dépassées ?

Évidemment, la spéculation est de rigueur car nous le faisons tous, regardant tantôt ce qu’il se passe à l’étranger puis devant nos supermarchés.

Dans quelques jours, les capacités techniques et humaines de notre système de santé seront mises à rude épreuve… Pour certains dans d’autres régions que la mienne, cela a même déjà commencé.

Cela va vous sembler être du bon sens mais il faut parfois rappeler les choses élémentaires : un élément de réponse s’articule autour du facteur humain.

Coronavirus : les soignants auront besoin de notion en facteur humain
Site du GIFH : groupe d’intérêt pour les facteurs humains en santé

Quand nos équipes n’auront plus de respirateurs, quand nos lits seront saturés, nos équipes éprouvées à choisir qui soigner et qui laisser partir, nous en reviendront à des choses bien plus simples, à nos compétences non techniques.

Les compétences non techniques : une arme redoutable pour les soignants.

Alors voici quelques principes simples de communication entre soignants, vous en ferez ce que vous voulez :

Les compétences non techniques : une arme de plus contre le coronavirus.

  • Premièrement, évitez de tunneliser. Ne focalisez pas sur la situation en cours, ne soyez pas tétaniser par celle-ci. Prenez du recul ou demandez à un collègue de vous aider à en prendre. Verbalisez ! Sinon vous serez figé dans la peur et vous perdrez en efficacité, vous perdrez de vue votre objectif : soigner avec les moyens que vous avez à votre disposition.
  • Soyez précis dans votre communication. Cela vous fera économiser énormément d’énergie en évitant des va et vient inutiles, en évitant de répéter les mêmes choses. Pour éviter de créer des tensions : utilisez des mots précis, nommez les personnes à qui vous parlez à haute voix, captez les regards, le non-verbal de l’autre.
  • Demandez des retours sur ce que vous demandez (feedback).
  • Ensuite, organisez des briefings/debriefing. Format très court de 10 minutes en début et fin de poste pour vous fixer des objectifs communs, vous débarrassez de vos pensées négatives et vos questions.
  • Utilisez les bonnes zones et les bons canaux de communication. Pas de cri à travers lLes compétences non techniques : une arme de plus contre le coronavirus.e couloir pour demander du matériel. Prenez le temps d’émettre vos demandes dans une zone adaptée (sociale ou personelle 60cm-1m20). Listez sur un tableau ce dont vous avez besoin (utilisation du canal écrit lorsque trop d’informations complexes se croisent). Affectez une personne pour aller chercher le matériel.
  • Faites vous confiance et faites confiance à votre équipe.
  • Utilisez la force du leader. En retrait, il pourra répartir les tâches efficacement avec un regard plus global.
  • N’utilisez pas un codage trop technique dans des équipes pluridisciplinaires. Gardez pour vous les abréviations, communiquez simplement. Essayez d’être compris du plus grand nombre : une équipe avec un objectif compris de tous est bien plus efficace…
  • Enfin, évitez les bruits. (cf article du lien)

Bon courage à tous

Voici mes quelques pistes pour le moment. Bien sûr pour certains, ils sembleront dérisoires face au coronavirus… Si vous avez des initiatives intéressantes sur le sujet, que vous avez déjà mises en place ou non, pourriez vous me les faire parvenir ?

Courage à tous.
Préparez vous du mieux que vous pouvez.
Benjamin Terrasi
Anesthésiste-Reanimateur, CHU Amiens

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