Appréhender l’erreur : « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage. »

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Préambule égocentré

Je m’appelle Arnaud Le Cloerec et je suis formateur chez COM-SCAPE. Ancien joueur de tennis de haut niveau, j’ai joué 1500 matchs officiels de tennis au cours de ma carrière. Je m’intéresse dans cet article à l’erreur.

Selon mes calculs, j’en ai gagné environ 65%.

Je devrais certainement mettre en lumière mon ratio positif de victoires, mais je suis taquin : j’ai perdu 525 fois !

Ma carrière a donc été jalonnée de nombreuses défaites, d’erreurs en tous genres, à toutes les étapes et à tous les niveaux.

Et pourtant, j’ai été dans les 5 meilleurs joueurs français jusqu’à 16 ans, dans les 10 meilleurs jusqu’à 18 ans. J’ai ensuite été top 100 français plusieurs années, ainsi que top 10 universitaire américain pendant 2 ans. J’ai ensuite obtenu plusieurs diplômes de coach et d’entraineur de tennis.

Que dois-je retenir ? Qui suis-je dans le paysage tennistique ? Suis-je un expert ? Ai-je réussi ou raté ma carrière ? Comment accepter et analyser mes innombrables erreurs commises pendant mon aventure sportive ? Aurais-je pu mieux faire ? Ai-je été moins fort que les autres ?

Un élément de réponse : nous avons le choix d’en faire ce que nous voulons, et il existe une manière commune accessible à tout le monde : accepter l’erreur, la reconnaitre, l’analyser, s’en servir, cultiver l’audace ainsi qu’une mentalité collective bienveillante, pour trouver sa voie et y associer du plaisir.

L'erreur. Dans le sport et dans nos carrières professionnels, ,elle tient une place centrale.
L’erreur : dans le sport et dans nos carrières professionnelles, elle tient une place centrale.

Définir l’erreur pour mieux débattre

Mais d’abord rapidement qu’est-ce qu’une erreur ?

Le mot erreur est le dérivé du latin « d’errare » que l’on peut traduire par aller à l’aventure, errer çà et là. Intéressant sous cet angle : l’erreur ferait donc partie de l’aventure, pour nous aider à trouver le bon chemin. Elle ne représente pas la fin, elle ne sanctionne pas « pour de bon ». L’erreur peut être rectifiée immédiatement, ou au fil du temps, pour aboutir à un nouveau résultat (ou une nouvelle étape) plus concluant.

L’échec lui, même s’il ne représente pas la fin des haricots non plus, a une connotation un peu plus lourde à porter. Il fait écho à un objectif important que l’on se fixe, à un résultat que l’on n’obtient pas. Il sanctionne davantage sur le coup et demandera plus de ressources pour repartir de l’avant vers la réussite.

Un joueur de tennis pourra ainsi commettre de nombreuses erreurs pendant un match ou un tournoi (fautes directes, choix tactiques) mais pour autant soulever le trophée en fin de semaine : réussite et objectif atteint ?

Un autre jouera peut être le tennis de sa vie, en minimisant le nombre d’erreurs produites,  mais finira par perdre avant son objectif fixé. Échec ?

L’échec se démarque lorsque la notion d’enjeu, de résultat ou de finalité est plus présente : sauf que le résultat final (que ce soit dans le sport, en entreprise ou ailleurs) ne dépend pas que de nous (adversaires, concurrents, météo, arbitres etc…)

Il me semble que la notion d’erreur elle, s’appréhende plus dans un processus, une vision, une aventure et un état d’esprit sur lequel nous avons le contrôle.

La voie de la résilience et de l’apprentissage

« Errare humanum est »  commune expression latine, suffit-elle pour nous rassurer par rapport à certaines de nos erreurs ? Ne faudrait-il pas aussi absolument mentionner sa petite sœur ? 

« Perseverare diabolicum » : traduisons, persévérer dans l’erreur est diabolique.

L’erreur serait donc acceptable, y ajouter un entêtement inadapté le serait moins.

Savoir que l’erreur est possible (et acceptable), quel que soit le domaine dans lequel nous évoluons, représente notre première opportunité de mieux l’appréhender. Nous pouvons ainsi rater quelque chose, reste simplement à nous de savoir comment réagir aux mieux pour rectifier le tir. Cet état d’esprit tend à inspirer de la confiance et stimuler la créativité. Dès lors que l’erreur est accueillie et questionnée dans la foulée, elle deviendra constructive et positive.

Thomas Edison a échoué tant de fois avant d’inventer l’ampoule électrique : « je n’ai pas échoué des milliers de fois, j’ai réussi des milliers de tentatives qui n’ont pas fonctionné ». Il a persévéré dans sa curiosité avec une mentalité et un état d’esprit sans doute conquérant et positif.

L’erreur fait d’ailleurs partie intégrante du processus d’apprentissage : nous avançons par tâtonnements successifs, par tentatives, par échelons.

Tous les plus grands sportifs sont catégoriques : ils ont raté davantage qu’ils n’ont réussi avant d’arriver au sommet de leur art.

Michael Jordan, pourtant considéré comme le plus grand joueur de basket de tous les temps disait : « j’ai raté 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté. J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi je réussis »

Une autre vision de l’apprentissage et de la croissance

La peur de l’échec

Une certaine intolérance à toute sorte d’erreur (notamment de la part des enfants) est largement répandue en France et en particulier dans le système scolaire où les erreurs sont naturellement mises en avant et les mauvaises notes sont régulièrement assimilées à un défaut d’apprentissage ou un manque de concentration ; et peuvent ainsi être une source de stress importante chez l’enfant. Peut alors s’ancrer une peur de l’échec que l’on retrouvera par la suite lors d’examens, dans le monde professionnel ou encore dans une pratique sportive en compétition.

Dans son livre « Les vertus de l’échec », le philosophe Charles Pépin argumente :

« Valoriser ce qui est su plutôt que ce qui n’est pas su » selon M.Hannu Naumanen, principal du collège Pielisjoki de Joenss en Finlande (La Finlande a longtemps été d’après l’OCDE, le champion toutes catégories en terme d’éducation). « Le plus important est que les élèves aient le sentiment d’être bons dans quelque chose ». De là, en découlerait une toute autre vision de l’erreur…une toute autre culture du « raté ». En effet, en France nous soulignons souvent la faiblesse d’un enfant dans un domaine, plutôt que son excellence dans un autre.

La Libération du potentiel par l’acceptation de l’erreur

J’ai mis du temps à m’en accaparer en tant que joueur mais aussi en tant que coach : les ancrages étaient profonds, je voulais à tout prix former des sportifs complets, bons partout, au lieu de zoomer sur leurs forces atypiques et spéciales, forces qui feraient d’eux de meilleurs joueurs de tennis, plus libres et entreprenants.

Faisons plutôt le choix de donner sa place à l’erreur comme puissant levier d’apprentissage : en la dédramatisant et en l’analysant pour donner du sens à nos actes.

Plus j’avançais dans mon parcours d’entraineur de tennis auprès de joueuses et joueurs visant le haut niveau plus je réalisais que dédramatiser l’erreur (la reconnaitre, l’accepter et s’en servir) était une condition indispensable à la libération de leur potentiel, en leur permettant à la fois la prise de risque mais aussi une augmentation de la créativité. C’était une des conditions pour qu’ils puissent se relâcher psychologiquement sur le terrain, leur permettant ainsi de prendre les bonnes décisions et surtout de ne pas craindre une situation difficile dictée par le score ou par des moments chargés en émotions.

Cela m’a pris du temps à mettre en place au quotidien auprès des sportifs que j’ai encadrés, tant nous avons cette culture du résultat rapide, de la performance immédiate, du poids de l’enjeu.

A l’inverse, se focaliser sur le processus, sur l’aventure, sur le plaisir de réussir, sur la créativité, sur l’état d’esprit, la mentalité, l’analyse positive et objective, est pourtant bien plus abordable et moteur.

Chaque erreur est une pierre précieuse sur le chemin de la connaissance.
Chaque erreur est une pierre précieuse sur le chemin de la connaissance.

L’erreur, un état d’esprit, une mentalité

L’erreur permet de développer de nombreuses qualités personnelles telles que l’humilité, la confiance en soi, la résilience, la lucidité, l’ouverture et l’autocritique.

Côté scientifique la vertu de l’erreur est presque enseignée dans les laboratoires (recherche, médecine, biologie, neurosciences…) et de ce fait plus communément acceptée : l’esprit scientifique revient à observer, analyser et comprendre son erreur, puis à formuler, reformuler des hypothèses sur les causes et les autres routes possibles.

Se tromper ne doit pas être perçu comme un acte dégradant ou humiliant, mais comme un acte normal, formateur, nécessaire.

C’est une approche globale qu’il faut tendre à installer, pour soi, ou dans le collectif : tous nos ratés dans nos processus de travail ou de création peuvent être désagréables, mais doivent être accueillis comme des étapes nécessaires, comme autant de marches vers la version finale des choses. Sans cet état d’esprit,  les erreurs (ou simplement l’idée que l’on peut en faire une) peuvent paralyser et devenir très douloureuses. Ce qui transforme une erreur normale en sensation déplaisante c’est simplement le fait de mal le vivre : le sentiment d’échec. Au lieu de cela, essayons d’installer une mentalité positive ou l’erreur fait partie du paysage, ou l’erreur est neutre et nous pouvons en faire ce que nous voulons selon notre manière de la percevoir.

S’habituer à oser !

Le sens du risque

Il ne s’agit pas de mettre de côté la notion de travail, de rigueur et de concentration pour éviter les erreurs. Reconnaissons que la rigueur, le respect des règles et procédures, ainsi que la connaissance objective de ses capacités, de son expertise et ses compétences (ou de ses lacunes et défauts) sont de bons alliés pour embrasser la culture de l’erreur.

Oser, être créatif, libre d’entreprendre, désinhibé, avoir confiance dans ses propres actes, c’est décider d’avoir le droit à l’erreur. Cette « décision » d’agir ainsi, c’est laisser la place (après avoir travaillé, potassé et respecté un certain cadre) à l’intuition et à l’audace.

L’audace ne nous délivre pas de la peur, mais elle nous donnera le dynamisme d’agir. Tout l’enjeu est d’éviter d’être paralysé au moment d’agir ou oser. La peur de rater nous tétanise sauf si nous intégrons que décider c’est parfois risquer de se tromper. Être audacieux c’est ainsi avoir le sens du risque.

Une légende : Roger Federer

Roger Federer, considéré comme le meilleur joueur de tennis de tous les temps, était capable de produire un tennis majestueux, fluide, techniquement parfait, pour rendre fou et dominer tous ses adversaires. Il était connu pour avoir notamment une audace folle, des inspirations géniales, dans les moments cruciaux des matchs. Pourtant, pendant ses années de formation et son début de carrière, Federer a connu énormément de défaites, jouant à l’envers, de manière « décousue », commettant beaucoup d’erreurs, de fautes. C’était sans le savoir le berceau de sa future créativité. Il a petit à petit appris à appréhender ce sens du risque, charbonnant des heures et des heures d’entrainement, intensifiant sa pratique sans renier cette audace qui faisait de lui un joueur spécial. C’est d’ailleurs une condition indispensable de l’audace et du plaisir dans tous les corps de métiers : le travail, l’effort, acquérir de l’expérience, répéter, augmenter sa compétence, connaître sa zone de confort, pour justement oser en sortir quand il s’agit de prendre une décision.

Roger Federer était connu pour avoir notamment une audace folle, des inspirations géniales, dans les moments cruciaux des matchs
Roger Federer était connu pour avoir notamment une audace folle, des inspirations géniales, dans les moments cruciaux des matchs

Comment traiter l’erreur qui survient ?

  • Si c’est une erreur « connue » ou prévisible, impactant un fonctionnement codifié : appliquer la procédure écrite en respectant le processus établi pour ce genre d’erreur.
  • Respirer : effectuer plusieurs respirations abdominales profondes pour retrouver du calme et de la sérénité sur le moment
  • Prendre un peu de recul, ne pas agir précipitamment, sans réévaluer le contexte.
  • Dans un contexte sportif : se recentrer dans le présent, utiliser un mot clef qui vous percute et qui vous recentre.
  • Accepter, dédramatiser : une action de votre part permettra sans doute de rectifier le tir
  • Analyser l’erreur, partager si besoin avec le collectif pour ajuster ce qui n’a pas fonctionné
  • Se demander si l’erreur a été faite car l’objectif de départ n’était pas le bon : réévaluer et ajuster l’objectif pour qu’il redevienne réalisable.
  • Lister quelques pistes de travail qui vous permettront d’éviter ce genre d’erreurs

Côté coaching et enseignement, traiter les erreurs de mes sportifs (les coups ratés ou les défaites par exemple) a été un vrai challenge pour moi afin de ne pas tomber dans les pièges que la culture Française m’avait tendus. Il me fallait être vigilant pour identifier les erreurs afin de les faire rectifier au fur et à mesure, mais sans les souligner outre mesure. L’erreur n’est utile que lorsqu’elle est rectifiée sur le champ. Il ne s’agissait pas de matérialiser cette erreur, mais de transformer la situation pour que la réussite apparaisse rapidement. En d’autres termes, il ne fallait pas leur mettre le nez dedans, mais plutôt proposer implicitement des situations qui rééquilibraient l’apprentissage. Cela rejoint la nécessité de mettre en avant les points forts plutôt que de cristalliser les points plus faibles.

Conclusion

Reconnaissons que l’erreur nous pousse à être en mouvement, à être acteur de notre projet. Elle ne se subit pas. C’est un coup de pied aux fesses pour progresser, un rappel à l’ordre peut être. Il s’agit de prendre appui sur l’erreur pour engranger de l’expérience et montrer ses réelles capacités.

Einstein disait : «La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent! »

Ne soyons pas fous alors, enfin si, mais pas trop longtemps …

Venez découvrir nos formations aux Facteurs Humains. Comprenez l’erreur, acceptez là. Mettez tout en œuvre pour progresser.